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Le deuil de la parentalité qu'on ne nomme jamais quand on est gay

  • Photo du rédacteur: Jonathan
    Jonathan
  • il y a 1 heure
  • 5 min de lecture

Le deuil de la parentalité non advenue est le chagrin que vit un homme gay qui réalise qu'il n'aura probablement jamais d'enfant biologique ou adopté. Contrairement à un deuil classique, il n'a ni date, ni cérémonie, ni reconnaissance sociale, ce qui le rend difficile à nommer, à partager et à traverser.


Il existe un deuil dont on ne parle presque jamais entre nous. Pas de faire-part, pas de date anniversaire, pas un mot pour le désigner. Je parle du deuil d'un enfant qu'on n'a jamais eu, de cette paternité qu'on imaginait peut-être plus simple avant de comprendre ce qu'être gay change concrètement à un projet d'enfant.


Moi-même, j'ai cherché. Des rencontres, des discussions de coparentalité, des débuts de projet qui n'ont jamais abouti. Et puis un jour, sans grande annonce, j'ai arrêté de chercher. Si tu es en train de te poser ces questions, ou si tu as toi aussi rangé ce rêve dans un coin sans jamais l'avoir nommé, cet article est pour toi.


Enfant souriante en noir et blanc, portée par des mains d’adulte devant un mur blanc, t-shirt ours avec my best.

Pourquoi devenir père n'a rien d'évident quand on est un homme gay


On grandit souvent en pensant qu'on aura le choix : se marier ou pas, avoir des enfants ou pas. Puis on réalise qu'être gay change réellement la donne. Il reste trois chemins possibles vers la paternité, et aucun n'est simple.


La GPA, un rêve à plusieurs dizaines de milliers d'euros


La gestation pour autrui reste interdite en France, ce qui oblige les couples d'hommes à se tourner vers l'étranger. Selon les pays, les cliniques et les formules, il faut généralement compter entre 50 000 et 200 000 euros, un budget que la grande majorité des hommes gays n'a tout simplement pas. À cela s'ajoutent les démarches juridiques, parfois longues, pour faire reconnaître la filiation une fois de retour en France.


La coparentalité, un pari sur plusieurs années


L'autre option consiste à imaginer un projet à deux ou à trois, avec une ou plusieurs personnes rencontrées en ligne ou dans son entourage. Sur le papier, l'idée séduit. Dans les faits, construire une vraie confiance, s'accorder sur l'éducation, le lieu de vie et la place de chacun prend souvent des années, et se solde fréquemment par une déception avant même d'avoir commencé.


L'adoption, une porte entrouverte mais pas grande ouverte


Depuis la loi de 2022, l'adoption est officiellement ouverte à tous les couples, mariés, pacsés ou en concubinage, sans distinction liée à l'orientation sexuelle. Sur le papier, c'est une avancée réelle. Dans les faits, le parcours reste exigeant.


Il faut d'abord obtenir un agrément délivré par le département, à l'issue d'une évaluation sociale et psychologique qui peut prendre jusqu'à deux ans. Une fois l'agrément en poche, le nombre limité d'enfants adoptables en France et la priorité parfois donnée à certains profils allongent encore l'attente. Beaucoup de couples d'hommes qui obtiennent leur agrément entendent alors qu'avoir un enfant restera difficile, voire improbable, à court terme. Quant à l'adoption internationale, elle dépend de la législation du pays d'origine de l'enfant, et de nombreux pays n'autorisent toujours pas l'adoption par des couples de même sexe.


Ce deuil que personne ne nous a appris à faire


Un chagrin sans cérémonie ni reconnaissance


Alors on fait ce que personne ne nous a appris à faire : le deuil d'un enfant qu'on n'a jamais eu. Sans cérémonie, sans mot pour le dire, sans personne pour le comprendre vraiment. Beaucoup d'entre nous l'ont même fait avant de le vivre, comme si accepter d'être gay voulait aussi dire accepter de ne jamais être père. Les psychologues spécialisés en périnatalité et en infertilité décrivent ce type de perte comme le deuil de la famille rêvée : celui d'un enfant imaginaire, d'un lien qu'on ne créera jamais, d'étapes de vie qui ne viendront pas. Un deuil réel, même sans enfant à pleurer, et souvent vécu de manière solitaire parce qu'il reste invisible aux yeux des autres.


Le miroir douloureux des réseaux sociaux


Pendant ce temps, les réseaux nous montrent régulièrement des couples de papas gays, un bébé dans les bras, une GPA ou une adoption réussie. On est sincèrement content pour eux. Et en même temps, ça fait mal. Ce n'est pas de la jalousie, c'est un miroir qui nous rappelle ce qu'on n'aura peut-être jamais. On n'en parle jamais, parce qu'on n'a jamais rien perdu, officiellement. On n'a jamais rien eu. Mais ce deuil a le droit d'exister, exactement comme n'importe quel autre.


Comment traverser ce deuil sans rester seul


Il n'existe pas de recette miracle, mais quelques repères aident à ne pas rester enfermé dans ce silence.

  • Mets des mots dessus, même imparfaits, avec un ami proche, un partenaire ou un psychologue. Nommer une perte est souvent la première étape pour commencer à la traverser.

  • Autorise-toi à ressentir de la tristesse devant les familles gays qui ont réussi leur projet, sans culpabiliser. Les deux émotions, joie pour eux et chagrin pour soi, peuvent coexister.

  • Envisage un accompagnement spécialisé en deuil périnatal ou en infertilité : ces professionnels connaissent bien ce type de perte, même s'ils sont encore peu formés aux spécificités des parcours gays.

  • Explore d'autres formes de lien avec les enfants de ton entourage : parrainage, rôle de tonton de cœur, mentorat. Ça ne remplace pas la paternité, mais ça peut apaiser.

  • Laisse la porte ouverte sans obligation. Certains projets se concrétisent des années plus tard, différemment de ce qu'on avait imaginé au départ.


Les questions qu'on se pose sur ce deuil


Pourquoi ce deuil est-il si difficile à nommer ?


Parce qu'il porte sur l'absence d'un enfant qui n'a jamais existé, sans date, sans corps, sans reconnaissance sociale. Contrairement à un deuil périnatal ou à la perte d'un proche, il n'y a ni rituel ni entourage préparé à l'entendre, ce qui pousse beaucoup d'hommes gays à le vivre en silence.


Combien coûte réellement une GPA pour un couple gay ?


Le budget varie selon le pays et la clinique choisis, mais il faut généralement compter entre 50 000 et 200 000 euros, frais juridiques et déplacements compris. C'est une somme hors de portée pour la grande majorité des couples.


L'adoption est-elle vraiment plus accessible depuis 2022 ?


La loi a supprimé l'obligation de mariage et harmonisé les conditions entre couples hétérosexuels et homosexuels. Mais l'obtention de l'agrément reste longue, souvent jusqu'à deux ans, et le nombre d'enfants adoptables en France demeure limité.


Est-il normal d'être triste en voyant d'autres papas gays sur les réseaux ?


Oui, complètement. Cette tristesse n'a rien à voir avec de la jalousie mesquine. C'est une réaction naturelle face à un miroir qui rappelle un désir non réalisé, et elle peut coexister avec une joie sincère pour les personnes concernées.


Vers qui se tourner pour traverser ce deuil ?


Un psychologue spécialisé en infertilité, en deuil périnatal ou en périnatalité peut aider à mettre des mots sur cette perte. Des associations et communautés LGBT offrent aussi un espace pour en parler sans avoir à se justifier.


Tu n'as rien perdu de concret, officiellement. Mais tu portes peut-être un chagrin bien réel, celui d'un enfant que tu n'auras probablement jamais, ou que tu n'auras pas comme tu l'avais imaginé. Ce chagrin n'a pas besoin d'un certificat pour exister. Il a juste besoin d'être nommé, et idéalement, partagé.

Tu n'es pas seul à porter ça, même si le silence autour de ce sujet donne parfois cette impression. On en parle rarement entre nous, mais beaucoup d'hommes gays traversent exactement la même chose, souvent sans jamais oser le dire à voix haute.


Tu veux échanger sur ce sujet ou simplement savoir que tu n'es pas seul à y penser ? Rejoins la communauté du Mâle Français sur Facebook et Instagram pour des discussions sincères entre gays qui n'ont pas peur d'aborder ce qu'on ne nomme jamais ailleurs. On t'attend !

 
 
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À propos de l'auteur : Jonathan

J'ai créé Le Mâle Français comme une safe place pour tous les hommes gays qui se sentent "hors milieu" et exclus des codes dominants. Ici, on parle de lifestyle, mais on pose aussi les vraies questions sur le mindset, la solitude et l'acceptation de soi, loin des clichés "paillettes".

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